Matrices (2019)

56 écrans de sérigraphie textile, émulsion photosensible. 

56x46cm chaque. 

Crédit Salim Santa Lucia

 

Matrices, livre une critique silencieuse des rapports de domination qui structurent en commun les mondes de l’art et de la politique. L’oeuvre s’inspire du film Prova d’orchestra (1979), dans lequel Fellini file l’analogie entre l’ensemble musical et le groupe social, ainsi que celle, ancrée dans les imaginaires, entre direction musicale et gouvernance politique.

 

La représentation de l’autorité chez les chefs d’orchestre s’exerce au travers d’une codification du langage corporel qui, dans la pratique politique du discours, se traduit en rythmes, en tonalités et, par conséquent, selon une gestuelle normalisée. Cette dernière est tout aussi spécifique que celle du chef d’orchestre. Elle est étudiée à des fins communicationnelles et généralement mise en scène dans la photographie, dite politique. Se détachant d’un fond neutre, les mains paraissent théâtralisées, elles se baladent dans les airs telle une partition abstraite.

 

La question de l’auteur comme incarnation de l’autorité pose immédiatement avec elle, celle de sa démonstration physique : avec quel corps un pouvoir se dit-il ? Comment se met-il en scène ou se rend-t-il signifiant ? La gestuelle impérative du maestro ou du politicien fait ici l’objet d’un catalogage chorégraphique qui ramène la main à son statut d’organon, un outil à la fois fonctionnel et esthétique capable de saisir la rythmique de l’ordre.

 

La série Matrices réunit ainsi une cinquantaine d’écrans de sérigraphies textiles, technique renvoyant aux origines de la société industrielle et de la naissance du métier de chef d’orchestre, et qui isolent différents éléments de ce lexique proprement performatif. Associé à des indications de partition musicale - « avec douleur », « avec le coeur », « silence », « taisez-vous », « regardez-moi », « sur la touche » -, chaque main représentée donne corps à une injonction du chef d’orchestre censée exprimer sa poésie, comme si sa singularité ne pouvait s’imposer, au fond, que par coercition. Matthieu Boucherit ne reproduit en effet que des mains gauches, celles dites « du coeur », de l’expression affective et de l’interprétation personnelle, contrairement aux mains droites, dites «militaires», associées elles à la mesure, au calcul, au rythme. Néanmoins, certains cadres sont eux posés sur une palette, affichant une transparence qui, une fois de plus, permet de brouiller le sens de lecture. Renvoyant droite et gauche dos-à-dos, posant même une équivalence de leurs valeurs, l’artiste n’a plus qu’à laisser le spectateur neutraliser de lui-même l’orientation de l’image pour contrarier la direction musicale vers laquelle elle fait signe

 

BOUCHERIT MATTHIEU-MATRICES
BOUCHERIT MATTHIEU-MATRICES

Titre 1