Prova (2019)

Ciment, béton armé, plâtre silicone.

Dimensions variables.

Description

Sur une dizaine d’étagères repose une soixantaine de mains, reprenant le "La" d’une hautboïste dont le rôle quotidien est la mise au diapason de l'ensemble de l'orchestre. 

 

[...] Repliée sur elle-même, comme crispée, creusée, elle devient le symbole d’une prise de pouvoir qui renoue avec la nature conflictuelle de la collaboration musicale. Le « concert » est en effet un combat que signale une étymologie ambigüe, renvoyant à la fois à la lutte et à l’accord, à ce que l’on pourrait formuler dans les termes d’une rivalité harmonieuse. Réalisées dans un béton armé friable et par endroits effrité, les étagères sont à l’image d’une organisation obsolète, en ruines, qui laisse apparaître ses cicatrices malgré une solidité apparente. Posé à plat et multiplié, le mouvement de l’instrumentiste devient le signe d’un pouvoir collectif pensé autrement, à l’horizontale et décentralisé. Il isole néanmoins un des moulages, placé en contrepoint du groupe et en regard de sa matrice en silicone, qui aplanit la hiérarchie entre la main directrice et les mains exécutrices. La pièce conclue à leur égalité sans pour autant nier leurs différences individuelles. Les défauts et accidents particularisent en effet chacun d’eux comme pour mieux rappeler que seule l’expression personnelle prémunit du conformisme servile, celui d’un orchestre, d’une communauté politique ou d’une société de consommateurs.

Florian Gaité Extrait du texte sur l’exposition BIS

MATTHIEU BOUCHERIT