La Plage (2016)

Coffret de 5 dessins au graphite sur papier, cadres

Description

[...] Choisissant de fonder sa réflexion sur la présentation d’une oeuvre dans un contexte particulier : celui du salon ou de la foire d’art contemporain, Matthieu Boucherit propose avec ses séries Les Blessures et La Plage, présentées à l’occasion du Salon Ddessin, une lecture critique à plusieurs niveaux. Parce que le lieu de monstration devient le cadre et la matière à une sorte de tourisme culturel, la proposition formelle présente d’elle-même ses enjeux commerciaux.

 

Présentés sous la forme d’un coffret d’images décoratives ou d’ambiance, semblable à ceux que l’on retrouve sur les étals des grandes enseignes de décoration intérieure, les dessins de mer offrent une vision contemplative de l’actualité. Ici, le dessin semble apaisé, pareil à une mer calme, dont Boucherit parvint à rendre le modelé avec beaucoup de réalisme. Scintillement des multiples points de lumière sur l’eau, mousses et écumes, mouvement des vagues, brume des nuages. L’image ressemble à une photographie – belle, douce, apaisante. Pourtant quelque chose résiste, une sorte de punctum ou de bug ; une opacité de surface qui soudain stoppe le flux, capte le regard et ouvre sur un hors champ dont on devine le drame qu’il tente de cacher. A la lisière du cadre se découvre un détail, un bout de main, un indice dont la partie évoque le tout.
 

Cette installation en Display confronte le spectateur à une oeuvre prête à consommer qui le renvoie à son rôle de client, mais aussi à celui de citoyen du monde. Quand les médias traitent les images d’Aylan ou de migrants comme des catalyseurs de prises de conscience, lorsque celles-ci circulent et se retrouvent instrumentalisées, elles se banalisent et perdent leur dimension politique. Aussi, n’est-ce pas la surabondance d’informations ou de souffrance qui blesse, mais l’impossibilité pour nous de leur rendre un regard. Marines contemporaines, ses dessins posent un voile sur ce qui à force d’être vu n’est plus perçu.


Marion Zilio
Extrait du texte Effacer pour mieux réveler