Les Blessures (2008-2018)

252 Laptopogrammes non révélés, fixés sur papier B/W argentique
3 formats de 165*132cm

Description

Débutée en 2008, la série Les Blessures se présente comme des écorchés que l’outil pansement du logiciel de retouche Photoshop chercherait illusoirement à réparer. Les tons rosés rappellent ceux d’un épiderme abîmé, ils incarnent une image latente, dont on ne sait si elle est sur le point d’apparaître ou de disparaître. Du document archivé dans les arcanes de L’Histoire au souvenir brumeux d’une mémoire blessée, cette série affirme la volonté d’agir sur les images à défaut de pouvoir agir sur le monde, ou d’apaiser les traumatismes. Au total, plus de 250 clichés plus ou moins connus du grand public auront été délivrés des atrocités qu’ils renfermaient. Les cicatrices refermées, les impacts de balles disparus, les traces de sang éclipsées, le vide et l’insignifiance qui les traversent manifestent désormais une violence symbolique avec laquelle nous pouvons tenter de vivre en accueillant dignement les drames passés.


Mais il ne suffisait pas de retoucher l’histoire en affirmant ses dénis ou ses stratégies culpabilisantes, encore fallait-il pour Matthieu Boucherit inventer une technique qui en absorberait, sans les nier, les blessures. Les laptopogrammes ont été réalisées par contact avec l’écran de nos ordinateurs (laptop), de sorte que seule l’image, en tant que support de mémoire, subit la violence de l’écran par insolation. Le papier sensible de la photographie argentique a été littéralement « expeausé », comme s’il fallait toucher par la pensée, chercher à rendre sensible plutôt que visible l’événement. Cramée par l’écran, l’image est
ensuite fixée par chimie, sans être révélée au préalable. Parce que la guerre se situe désormais dans les imaginaires et son trafic
quotidien, Matthieu Boucherit absorbe les faits pour les porter sur une autre échelle temporelle : non pas celle de la mémoire courte, truffée de clichés vendus au monde entier, mais celle de la perpétuation qui fixe l’événement et grave son empreinte dans nos mémoires.


Marion Zilio
Extrait du texte Les Blessures